Lors du dernier salon de la BD d'Angoulême, j'ai acheté Némo par Brüno (treize étranges milan). Cela faisait plusieurs FIBD que je suivais la publication des différents tomes de cette série me promettant de l'acheter un jour ou l'autre. Mais cette année, les éditions Milan ont eu la bonne initiative de publier l'intégrale dans une nouvelle version Noir et Blanc recadrée en format carré. J'ai investi.
Némo est l'adaptation par Brüno du quasi mythologique 20 000 lieues sous les mer de Jules Vernes. Je parle de mythologie car le récit des aventures du capitaine Némo est connu de tout-un-chacun. Et ceci, il faut bien le reconnaître, en partie grâce au film des studio Disney avec James Mason et Kirk Douglas.
Ce qui est intéressant dans cette version, c'est que Brüno a choisi de changer quelque peu le fil du récit. Résultat : le frisson renaît car le lecteur se rend compte que rien n'est acquis et que la fin attendue n'est peut être pas celle que nous allons découvrir à la dernière page. Les personnages sont eux-aussi soumis à de légères transgressions par rapport au roman originel. Et, à nouveau, ce n'est en rien désagréable, bien au contraire. Le capitaine Némo reste à la fois inquiétant et charismatique.
Brüno s'amuse à nous faire de petits clins d'oeil sur les situations secondaires comme ce marin qui pourchasse le Nautillus tel Achab Moby Dick et qui s'appelle Melville !
Bref, je vous le conseille.
Par stéphane Lastère
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Les fictions (BD, ciné...) et l'actualité font rarement bon ménage. Souvent, elles courent après un phénomène davantage pour profiter de la vague porteuse que pour donner la propre interprétation de créateurs. De ce fait, j'avais un peu de réticences à me plonger dans Le sourire du clown de Brunschwig et Hirn. Une histoire se passant dans une banlieue... pendant des émeutes....
Bref, l'album (offert) traînait dans ma bibliothèque depuis décembre. Quelques uns (unes) tentaient pourtant de me convaincre. Donc, je me suis lancé. Et là, surprise... agréable surprise...
Tout d'abord, l'angle d'attaque : un cirque, une une « bonne du curé » ! Ensuite, la forme : un récit en flash back, déstructuré juste ce qu'il faut. Et quelque chose que j'oserais nommer par un néologisme de mon cru : l' « im-pérénité » des personnages. En effet, sans vous dévoiler les rebondissements, aucun ne semblent protégé par « la loi des séries ». Et cela pour le plus grand plaisir des lecteurs (... comme moi) qui aiment bien se faire surprendre en se laissant berner par les portraits dressés et en se disant que l'on ne peut savoir lesquels des personnages réussiront à rester jusqu'à la fin de l'histoire prévue en trois tomes.
Le pitch : à la suite d'un fait divers glauque, l'univers de différents messieurs et mesdames « Tout-le-monde » (pas tant que ça) oscille entre quotidien et évènements en gravitant autour de la personne d'un adolescent autiste.... Partez pas, partez pas... Tous cela se lit sans problème avec de l'action, de l'humour (parfois), de l'émotion, de l'ambiguïté, bref un livre de qualité.
Par Le steph
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Mes classiques (4)
Pour débuter, une petite précision entre parenthèses, dans un commentaire laissé sur une des chroniques "Mes classiques", un visiteur trouvait que le choix des classiques était étrange. Dans ces articles, je parle de MES classiques. Ce sont, pour moi, des livres qui m'ont marqué ; soit sur le plan de mon avancée dans la découverte de"l'art séquentiel" comme une étape, un moment de vie, soit parce qu'ils représentent un incontournable de l'Histoire de la BD. Il peut donc y avoir des choses anciennes comme des plus récentes. Ce qui est rassurant somme toute car cela montre bien que la Bande dessinée est une littérature en constant renouvellement . Je n'ai pas fait de catégorie mes classiques, j'ai laissé chaque chronique de ce type dans les catégories respectives (bien que je n'arrive toujours pas à me faire au terme de "franco-belge"). Tout ceci est bien sûr très subjectif... mais comment peut-il en être autrement sur un blog-site ?
Fin de la parenthèse (un peu longue tout de même).
Sur l'ensemble de la série de l'énigmatique fracturé nasal, on peut retrouver toutes les formes de choix narratifs : les one shot (L'homme à l'étoile d'argent", "Arizona love"), les story arcs (ensemble de quatre, cinq albums narrant une histoire complète) et une progression sur la totalité de la collection.
Dans les incontournables de la Bande Dessinée, j'ai souvent observé que mes préférés fonctionnaient souvent en diptyques. Il en ai de même pour Blueberry : "La mine de l'Allemand perdu" et "Le spectre aux balles d'or"
A peine sorti de son premier affrontement avec Allister, le lieutenant Mike S. Blueberry est détaché dans un trou perdu afin d'assurer l'intérim jusqu'à l'arrivée d'un nouveau shérif. Il est assisté de Mc Clure. A la suite d'une rixe au saloon, il fait la rencontre de l'Allemand Von Luckner dit Prosit... et l'arrête. Celui-ci leur parlent tout de go d'une mine incroyable qu'il aurait découverte au cours d'un de ces précédents voyages. Pour "Nez cassé", tout ceci respire l'arnaque mais pour son adjoint l'appât de l'or est quasiment plus fort que l'amitié. Sur ce trio narratif (le mari, la femme, l'amant ?) vont se greffer une pléiade de personnages secondaires (notamment des chasseurs de prime aux méthodes douteuses). Ce pack de personnages va se livrer sur les deux livres à un jeu de piste / course poursuite / chassé-croisé au gré des alliances et des trahisons avec en ligne de mire un fabuleux trésor...
Pour ceux qui aiment, on retrouve tout ce qui plaît dans les westerns : les grands espaces, les personnages troubles, le héros incorruptible, le serpent venimeux, les Indiens...
Recordman hors catégorie de l'infame, ce cher Prosit chez qui on se sait pas qui du machiavélisme, du sadisme ou de la concupiscence est le plus puissant...
Au delà, on peut s'intéresser aux deux notions souvent associés amitié/trahison. En effet Mc Clure nous refait le coup de "l'ami sur lequel on ne peut pas compter mais qui finit toujours par se racheter". Ce n'est pas le seul ami récurant de Mike S (Red Neck par exemple) mais c'est un personnage intéressant car régulièrement on sent le côté obscur qui lui titillent les oreilles.
Un autre exemple de trahison apparaît dans ces albums mais je n'en parlerai pas, ne voulant pas déflorer l'intérêt du scénario.
Paradoxalement dans cette histoire, les chasseurs de prime ne seraient pas finalement les deux amis vraiment fidèles.
C'est l'un des albums où Giraud et Charlier tentent certains effets graphiques qui me font apprécier cette série. Ainsi, la vignette clôturant le règlement de compte à la fin du premier tome est quasiment cinématographique. Les détails des paysages sont superbes. La visite du village indien découvert sous plusieurs angles est un pur moment de plaisir.
"La mine de l'Allemand perdu" et "Le spectre aux balles d'or" ne débutent pas la "collection" des Blueberry mais peuvent très bien être lus indépendamment du reste sans aucun problème de compréhension. C'est pour cela qu'ils peuvent être un bon moyen de se lancer dans cette série afin de découvrir les talents scénaristiques de Charlier et le sublimissime coup de crayon de Giraud. A ce sujet, il est intéressant ensuite de prendre son courage à deux mains et de commencer la lecture chronologique car au delà d'une fantastique histoire qui se tient globalement sur maintenant plus de 20 tomes et quatre décennies, on assiste à l'évolution du style graphique de Gir un des maîtres.
Par Le steph
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J'ai découvert Chauvel avec l'album "Trois allumettes" réalisé avec Boivin, assez prenant avec des astuces scénaristiques. Ensuite, j'avais lu une interview de lui dans feu "Pavillon rouge" où il déclaré en substance vouloir devenir Alan Moore ou rien... Depuis je jette toujours un oeil sur ses productions. Je ne suis pas déçu. Dans l'ensemble, les scénari sont relativement bons mais, parfois, certains choix graphiques ("Ce qui est à nous") pêchent un peu à mon goût...
Je suis donc tombé sur "Nuit noire" (version réunissant les trois albums). Je sais que ce n'est pas une nouveauté, mais il n'est jamais trop tard. En le feuilletant, on se rend compte que le dessin de Jérôme Lereculey (auteur d'"Arthur" sur un scénario de Chauvel également) est assez fouillé et précis, riche en hachures sans en abuser.
Road movie nocturne de deux paumés de banlieue qui s'avancent inexorablement vers la mort et la déchéance. Tuant "accidentellement" deux policiers menant une enquête de routine, Joël et Marc roulent vers l'Espagne dans l'espoir très hypothétique de se refaire une virginité de l'autre côté des Pyrénées.
La narration est osée. On connaît dès le départ l'issue dramatique du récit. Mais grâce aux astuces scénaristiques et aux flash-back intelligemment utilisés. On suit avec intérêt l'itinéraire de l'enfance à l'âge adulte (ingrat ?) des deux "héros" dans une cité ordinaire. L'un d'eux va être jugé et il narre à son avocat commis d'office leur minable escapade sans issue, gardant pour le lecteur l'aparté d'un parcours en amitié de deux loosers.
Le parti-pris de nous dévoiler assez rapidement la chute narrative rend obsolète l'espoir d'une porte de sortie positive dans le schéma qui se construit mentalement chez le lecteur. Pour autant, l'attrait ne faiblit pas et Chauvel sait faire rebondir son histoire au fil des trois chapitres. Il aborde donc des thèmes aussi risqués que l'éducation, le handicap, la banlieue... Ainsi, le côté "polar noir et social" fait tendre ce livre vers Didier Daenynx et J. Patrick Manchette. Il y a pire comme référence !
Par Le steph
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La chronique sur le quotidien en bd est un genre à lui tout seul. Il en est de même pour le fantastique. Avec pour chacun des fans assidus...
Je viens de dévorer "Les passe-murailles" un réjouissant diptyque (pour l'instant ?) qui réussit la prouesse de réunir les deux dans les mêmes planches.
En effet, les auteurs Stéphane Oiry (dessin) et Jean-Luc Cornette (scénario) réalisent un coup de maître. En effet en choisissant des petites nouvelles contemporaines, le plus souvent autour de
trentenaires urbains, ils y font intervenir la magie en octroyant à certains des personnages le pouvoir de traverser les parois de tous types. Ainsi, des situations telles que les soirées diapos
chez les amis, les plans dragues un peu lourds, une beuverie entre copines, les bassesses de l'adultère ou les petits riens d'un amour naissant trouvent une dimension supérieure de par cette
capacité pour le moins hors du commun. Ce qui fait la force de ce récit est , pour moi dû au fait que la magie intervient le plus naturellement possible, comme si de rien n'était et ceci sans
noyer le récit d'effets et surtout sans faire perdre l'intérêt pour les saynettes du quotidien. Le graphisme de S. Oiry est nerveux et généreux et la mise en couleurs est un délice. Chacune des
histoires est indépendante et même si pour une ou deux auraient mérité un peu de concision, l'ensemble forme une très plaisante narration réalisée à partir d'une excellente idée de départ... un
peu comme si Monsieur Jean couchait avec Hermione Granger ...
Par Le steph
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Mercredi 28 novembre 2007
Un coup de coeur, un coup au coeur...
Il y a quelques mois je m'étais intéressé à la sortie de ce livre. Déjà, livre-objet sortant des standards de la bd, ce gros volume sortait du rang (quoique, depuis longtemps certains
éditeurs tel que Casterman, L'Association ou Cornélius ont brisé la prépondérance du "48 pages CC"). De plus ma nièce s'appelant Lucille, je me projetais déjà en période de Noël ("tiens, pourquoi
pas une bd ?"). Finalement, ma rencontre avec l'ouvrage s'arrêtait provisoirement là.
L'autre jour pourtant, à la bibliothèque, mon oeil fut à nouveau attiré par "Lucille". Je l'empruntais donc.
Le graphisme tout d'abord. Car c'est dans un premier temps cet aspect-là qui intrigue et sort du lot. En effet, nous ne sommes pas ici dans les classissiques planches avec
gaufrier mais Ludovic Debeurne nous avait déjà confrontés à son trait précis et sec. N'usant pour ainsi dire quasiment jamais d'ombre ni de trame, ses planches se tendent vers la gravure
d'illustration épurée. Libéré des cases, son dessin s'enrichit en émotion par l'ascétisme de sa ligne.
L'histoire ensuite. Nous suivons le destin croisé de deux adolescents, Lucille et Arthur, en mal d'amour et aseptisé et stérile chacun à sa manière sur le plan relationnel et
social. Elle anorexique victime d'une mère trop présente, lui pseudo sataniste bourreau de ses amis d'infortune. De leur rencontre devant tout au hasard va naître une idylle, dans un premier
temps platonique, qui va les entraîner dans un long périple tant géographique qu'intérieur.
Efficace et avare en effet gratuit, ce récit ne peut laisser de marbre, personne n'en sortira indemne et insensible, ni Lucille, ni Arthur,... ni le lecteur...
Cet ouvrage indispensable, à la fois appel d'air vers les autres et réflexion sur sa propre expérience du passage à l'âge adulte, représente un des OVNI de cette année qui va
bientôt tirer sa révérence... Lu par hasard... (heureux hasard parfois), conseillé avec conviction !
Par Le steph
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